Lettre aux entrepreneurs inquiets

Publié le par Grégory Bellemont

En ces temps de crise, lorsque l'actualité ne cesse de parler de problèmes financiers à travers le monde Ouriel Ohayon a rédigé un billet sur le site de TechCrunch, destiné aux entrepreneurs inquiet par la situation morose de l'économie. Je vous livre son billet.

Cher Entrepreneur

Au regard de l’actualité et des questions que je reçois à longueur de journées j’avais envie de partager mon point de vue sur la situation actuelle. Tu es comme moi inquiet et tu as bien raison de l’être. Ceci dit j’ai aussi quelques bonnes raisons de rester optimiste et peut être te donner quelques pistes de réflexions pour un avenir proche meilleur.

Ne nous trompons pas, la crise financière actuelle dont les origines sont essentiellement à attribuer à un système de financement de crédit défaillant et non à dysfonctionnement de la sphère tech, va toucher également le web. La crise, avant tout américaine, plonge dans la panique toutes les industries et désormais même les acteurs emblématiques comme Apple et Google sont touchés. En Europe nous nous croyons épargnés mais comme dans l’innovation du web nous allons observer les effets néfastes avec quelques semaines et mois de décallages. Des industries périphériques, les télécoms en premières lignes vont être touchées (car ce sont les premières à utiliser les lignes de crédit des banques), les investisseurs deviendront plus frileux et les startups en recherche de financement vont galérer. Comme je le déclarais lors du Séminaire Web France/Israel, la crise en Europe pour le high tech c’est un peu comme Rocky 6, tout monde en parle mais personne le voit, aujourd’hui. Mais cela ne veut pas dire que le film ne passera pas a la télé en prime time.

Inévitablement, les effets vont se faire ressentir à plusieurs niveaux

L’incertitude est le premier effet immédiat. Personne ne sait. Tout le monde à des questions et personne n’a de réponses. Faut-il être optimiste? est ce une crise passagère? va-t-on devoir se sérer la ceinture? le web va t il aussi être touché? Je ne crois pas qu’il y a des raisons d’entrer en panique mais il va falloir clairement être plus prudent. Nous devons faire face à un marché un peu schyzophrénique: clairement le marché de la pub en ligne progresser et continue de progresser, le taux de pénétration de l’internet et du haut débit aussi, le marché de l’ecommerce n’a jamais été aussi fort et les fonds d’investissements disposent d’argent frais à investir, d’ailleurs beaucoup de startups continuent de lever des fonds.

Mais relativisons ce panorama et ces observations naives:

les investissements publicitaires vont se concentrer vers les valeurs d’audience sures. Google et Yahoo et les champions nationaux pour ne citer qu’eux. Ceux qui n’auront pas de taille critique ou une valeur de niche suffisamment forte ne vont pas apparaitre dans les lignes des plans médias des agences de pub. Les budgets dédiés aux formats expérimentaux, généralement promus par de nouvelles startups cherchant leur modèle, vont se contracter et seront préférés les formats standards, connus, mesurables et “sans surprises”.

Le marché de l’ecommerce est bien là: mais la confiance des ménages va aussi affecter les dépenses sur le web. Certaines catégories notamment autour du loisir vont être affectées plus que d’autres.

Les investisseurs: beaucoup des sociétés et banques en faillite sont des investisseurs (ou limited partners) dans les fonds d’investissement. Beaucoup de VCs ont et vont avoir du mal à boucler leur nouveau fonds. Ceux qui ont déjà bouclé leur levée et disposent de cash à investir cherchent à continuer à investir mais le filtre des startups va être plus lourd et plus sélectif. Les business angels sont toujours là mais si les VCs ne sont pas là pour suivre?

Ne nous trompons pas. L’écrémage du côté du web devait arriver, crise ou pas. Nous en parlons sur ce blog depuis un moment: ce n’est que la suite logique dudarwinisme économique ou les meilleurs restent et la majorité disparait. Jasons Calacanis déclare que 80% des startups vont disparaître dans les prochains mois par manque de financement. A mon sens ce sera plutôt 50% max mais à nouveau cela devait arriver. Cela va juste s’accélerer. Et le terminuscomme le nombre de micro acquisitions vont s’aggrandir dans les prochains 12 mois. Il ne s’agit pas d’une bulle comme beaucoup continue d’en parler. Mais d’un écrémage accéléré logique en phase de croissance mure.

Est ce une mauvaise nouvelle? Non au contraire. Le marché à besoin de purger ses défauts et le consommateur à besoin de plus de clareté. Les clones de clones et sociétés dont les fondamentaux économiques ne sont pas au rendez vous ne tiendront pas. Et c’est ainsi que le marché est conçu. Une chance pour tous, mais pas de place pour tous. Les investisseurs ne doivent pas paniquer devant cette dégringolade collective. Au contraire. Les meilleures opportunités de croissance d’investissement sont en train de prendre forme.

Plus que jamais les sociétés dont le focus sera la recherche de revenus disposeront d’opportunités pour atteindre l’équilibre. Le marché de l’IPO est bien entendu fermé et va le rester pendant un moment mais Microsoft et Google ne sont plus les seuls acquéreurs sur ce marché. Mais le plus important n’est pas là: un investisseur mise sur le long terme (à savoir 5 environ ou plus) et plus que jamais les beaux discours vont être mis à l’épreuve de la réalité. Les investisseurs sérieux continueront d’investir sur les bons poulains car ils créent de la valeur, même en pèriode difficile.

Cher Entrepreneur, tu as raison d’être inquiet mais tu as toute liberté pour ajuster les choses, si tu disposes encore de suffisamment de cash bien sur. Prends pour hypothèse que tu ne lèveras pas d’argent, mais n’hésite pas à t’adresser aux investisseurs qui ont soifs de bons projets. Coupe les dépenses inutiles, embauche uniquement sur des postes qui créent immédiatement de la valeur économique, sois extrêmement analytique sur ce qui marche ou pas et laisser de côté ce qui ne marche pas, même si c’est trop tôt renforcer vos revenus pour habituer la société à penser “revenus” et pas uniquement dépense. N’oublie pas qu’en route tu vas rencontrer quelques opportunités de croissance par Micro Acquisition à des valorisation très attractive qui te permettront de gagner du temps et parfois même de l’argent

Le Web ne pas prêt s’écrouler avec cette crise, au contraire il va se renforcer. Mais pas pour tous. Des acquisitions et des financements continueront d’avoir lieu. Les revenus continueront leur route qui risque d’être un peu plus longue que prévue. Mais pas de cataclysme en vue car les fondatamentaux de l’écosystème de l’industrie internet sont sains. Les budgets publicitaires opérent de plus en plus en transfert du off line vers le online et les revenus marchands vont progresser.

Les temps sont et vont être durs pour les entrepreneurs du web, mais à mon avis moins que dans d’autres industrie. Alors ne désespérons pas. Une dépression n’est pas une raison pour déprimer. Au contraire. Le meilleur est encore à venir.


Vous pouvez retrouver ce billet à l'adresse suivante : 
http://fr.techcrunch.com/2008/09/30/fr-lettre-aux-entrepreneurs-inquiets/ 

Publié dans Actualité

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